jeudi 29 décembre 2011

Abominables crétins...

L'incendie de l'Institut d'Egypte au Caire en décembre dernier pose à nouveau la question fondamentale de la préservation du patrimoine historique en Egypte, patrimoine unique et exceptionnel tant par sa diversité que par sa densité.
Après une tentative de pillage au Musée des Antiquités au printemps dernier qui aurait pu se révéler dramatique, c'est l'Institut d'Egypte, fondé par Bonaparte en 1798 qui est parti en fumée. Avec lui, à jamais perdus, quelques 200 000 ouvrages  et, parmi eux, des trésors inestimables tant sur le plan des connaissances scientifiques que sur celui des témoignages accumulés en deux siècles de recherches sur les rives du Nil.
Alors que dire face à une telle perte irrémédiable sinon s'insurger? S'insurger contre l'attentisme coupable dont les Occidentaux ont fait preuve durant des décennies face à des élites locales corrompues qui fonctionnaient aux honneurs et aux pots-de-vin (les Zahi Hawass et consorts), pour préserver un chantier de fouilles par-ci ou une exclusivité par là. Dénoncer cette révolution si bien partie avec des motifs nobles et qui est en train de prendre le pli d'une guerre civile latente d'où seuls les partis d'extrémistes iconoclastes sortiront vainqueurs. Poser enfin le doigt là où cela fait mal sans langue de bois et disant que le autorités égyptiennes n'ont jamais été capables d'assurer la protection de leurs richesses patrimoniales, antiques ou médiévales. Sans le soutien constant de grands nombre de pays, jamais l'Egypte de l'époque post nasserienne n'aurait pu bâtir son économie sur le tourisme. On nous a rebattu les oreilles avec les pillages en règle des XIXème et XXème siècles qui ont largement alimenté les musées occidentaux et les collections particulières, soit, mais la situation est-elle meilleure aujourd'hui malgré le mea-culpa généralisé des anciennes puissances coloniales ou dominatrices?
Il ne faut plus hésiter à dire qu'à l'heure actuelle, plus aucun site, plus aucun objet archéologique n'est en sécurité en Egypte. La faute aussi à un fossé culturel immense et paradoxal qui a fait des grandes heures de l'Antiquité et de la période médiévale la fierté d'un peuple égyptien qui se soucie pourtant comme d'une guigne de l'appropriation de son histoire.
Mais comment en vouloir au fellah qui doit batailler avec le prix de pain en hausse et des conditions de vie toujours plus difficiles ? Les responsables sont au dessus d'eux. Il est facile et tellement puéril de se dire "descendants des pharaons" quand on n'est pas même capable de respecter une pierre gravée sous prétexte qu'elle le fut lors de "l'âge bête", comprenez la période pré-islamique.
Ce qui est effrayant dans cette affaire d'incendie de l'Institut- dont l'origine est contestée d'ailleurs (procédé bien pratique pour éviter de pointer du doigt les évidentes carences administratives et gouvernementales)- c'est de constater que ce drame était prévisible, donc évitable. Pourquoi la décision de mettre à l'abri les ouvrages les plus précieux n'a-t-elle pas été prise au moment où la Révolution commençait à se montrer menaçante, au printemps dernier? L'avertissement du Musée des Antiquités n'a-t-il pas suffi? Je suis effaré par le manque de prudence de personnes pourtant raisonnables par nature (des chercheurs, des responsables, des historiens et administrateurs) qui n'ont pas su écouter le bruit de la rue.
Aujourd'hui, le bilan est sans appel, catastrophique. Il est comparable à la mort des personnes qui se sont insurgées pour recouvrer leur liberté. En brûlant l'Institut d'Egypte, les abominables crétins, acteurs directs ou par omission, par manque de courage ou de prudence, ont coupé les quelques liens ténus qui nous reliaient encore à un passé d'un autre monde, celui de l'Orient des trois derniers siècles avec ses explorateurs, ses savants courageux et ses chercheurs opiniâtres. Je ne suis pas sûr que ce drame soit le dernier, en Egypte en particulier vu le contexte. Quand une personne qui dispose de biens n'est plus en mesure de les administrer ni de les entretenir, elle est placée sous tutelle. A l'échelle d'un Etat le mot est difficile à formuler et à entendre car il est lourd de sous-entendus. Il faudra pourtant bien y arriver  et faire en sorte que le patrimoine historique égyptien -qui appartient avant tout à l'Humanité- soit géré par des institutions internationales faites de gens compétents et non plus par des potentats nationalistes ou corrompus qui ne savent même pas discerner Khéops de Cléopâtre. 

dimanche 24 juillet 2011

Des étoiles trop noires

 Taharqa, Musée de la Nubie, Assouan

C'est un peu par hasard que je me suis trouvé, il y a quelques temps de cela, avec le livre de Lilian Thuram "Mes étoiles noires" entre les mains. J'avais entendu parler de cet ouvrage dans les médias lors de sa sortie et mon attention avait alors été attirée par le propos général (proposer une biographie de personnages, célèbres ou moins, ayant tous en commun une origine noire africaine) qui pouvait faire référence à un courant historiographique particulier que l'on nomme "afrocentricité" ou "afrocentrisme" et sur lequel je reviendrai.

Si le personnage de Lilian Thuram, ses propos sur la tolérance, son engagement social et son côté intellectuel dans un milieu qui brille plutôt par la vacuité des cerveaux sont assurément sympathiques, son ouvrage lui, il faut bien le reconnaître, ne tient pas vraiment la route.
Il est très documenté certes, chaque biographie a fait l'objet d'échanges avec des historiens, de lectures de documents, mais il manque d'analyse. Il va surtout trop vite en besogne, trahissant une volonté de fond qui ne fait pas bon ménage avec la démarche de l'historien: celui d'un certain parti pris.

L'impression que j'ai eue en lisant le livre, c'est que son auteur est parti du postulat qu'il fallait coûte que coûte montrer que des personnages à la peau noire avaient autant marqué l'Humanité que les autres (ce qu'aucun historien contemporain un tant soit peu sérieux ne conteste) quitte à n'en conserver que les aspects "arrangeants" dans cette optique de réhabilitation.
Je prendrai deux exemples pour illustrer mon propos, parmi ceux que je connais le mieux, du fait de ma propre formation en histoire antique, ceux de Taharqa et d'Esope.

Thuram fait de Taharqa -pharaon de la XXVème Dynastie, vers le VIIème siècle avant J.C. qui venait de la lointaine Nubie (le Soudan actuel)- une sorte de conquérant imposant la revanche de ces fameux Kouchites que les Egyptiens de l'antiquité considéraient avec mépris comme faisant partie de leurs ennemis héréditaires traditionnels. Or, la réalité historique transmise par le sources du règne montrent qu'il n'est pas question de revanche mais bien que Taharqa était le pur produit d'une évolution commencée des siècles plus tôt et que, s'emparant du pouvoir suprême largement conquis par son propre père, il avait conscience de contribuer à la grandeur de l'Egypte, sans renoncer pour autant à ses origines. Par ailleurs, il ne faut pas oublier qu'il ne parvint jamais à asseoir son autorité sur la totalité du pays et que la fin de son règne se caractérise par un repli stratégique dans cette Nubie qui l'avait vu naître pour échapper aux assauts des Assyriens d'Assarhaddon.
Bref, la "négritude" supposée du souverain -pour reprendre un concept cher à Senghor et Césaire- n'était pas vraiment au centre de ses préoccupations. D'ailleurs, Taharqa, comme les Perses, les Grecs et les Romains passés après lui sur cette terre d'Egypte, se fondra dans les canons et les traditions locales dans un mouvement naturel et sans complètement s'acculturer. En cela, au passage, l'histoire antique pourrait nous donner quelques leçons.

Parmi les études que Thuram cite concernant ce pharaon figurent des références au célèbre Cheik Anta Diop. Erreur de casting serais-je tenté de dire quand on sait combien les théories de cet historien polyvalent sont sujettes à caution. Or on voit bien que le propos glisse progressivement vers une conception plus politique, celle que les historiens afrocentristes défendent depuis déjà longtemps: que l'oeuvre des grands personnages noirs africains (les pharaons en l'occurrence) serait sciemment minorée par les Européens dans une sorte de déni qui refuserait à l'Afrique et à ses peuples (d'ailleurs souvent vus comme un bloc monolithique là où il existe une véritable mosaïque complexe) d'être capables de "grandeur", concept par ailleurs totalement dépassé.
Ce glissement se retrouve dans le chapitre consacré à Esope, le fameux fabuliste de l'Antiquité grecque (vers le VIIème siècle avant J.C.) dont les petites histoires ont été par la suite développées et magistralement  orchestrées par La Fontaine. 
Tous les historiens et les spécialistes de littérature antique s'accordent pour dire qu'il n'y a aucune certitude quant à l'existence "historique" de ce personnage dont le nom Aisopos signifie "aux pieds inégaux". Les traditions concernant son origine et sa destinée sont si diverses qu'il est plus vraisemblable d'imaginer qu'Esope cumule en un personnage mythique la somme de plusieurs autres ayant réellement vécu.
Un seul historien, Th.Obenga, part du postulat que ce fabuliste avait la peau noire du fait de son origine nubienne et, illico, ce fait paraît acté par Thuram.

Si je plaide pour qu'aucune barrière idéologique ne vienne limiter le raisonnement de l'historien de même que les pistes qu'il explore, j'ai beaucoup de mal à accorder du crédit aux raccourcis trop faciles.
Or, la vision afrocentriste de l'histoire en est truffée. Raccourcis sur la sémantique/phonologie des langues (on trouve trois mots identiques d'une langue à l'autre et l'affaire est faite: elles ont un lien de parenté!); raccourcis sur les explications concernant les difficultés propres à la reconstitution de l'histoire du continent africain (la faute à l'esclavage et aux vagues de colonisations qui ont détruit la mémoire collective ), volonté systématique de tout rapporter à une origine géographique ainsi qu'à une couleur de peau pour ne faire que "réhabiliter" là où l'Histoire du Monde aurait besoin d'explications scientifiques, une certaine violence dans les propos également dès qu'une personne -j'y ai été confronté moi-même il y a quelques années suite à un article concernant le roi Narmer- remet en question ce système partisan.

Les"Etoiles noires" de Lilian Thuram auraient gagné a être moins communautaristes, moins "minorités visibles" (en voila une expression horrible!) et davantage replacées dans un ensemble plus vaste pour insister plus encore sur le rôle brillant et capital que certaines d'entre-elles ont joué pour l'Humanité toute entière.

Quand on "fait de l'histoire", même pour illustrer ses propres souvenirs, on prend une double responsabilité. A l'égard des personnages dont on relate les vies d'abord, parce que leur mémoire ne saurait se contenter d'à-peu-près; à l'égard de ceux que l'on informe ensuite, précisément parce qu'on participe à leur éducation, donc au fait de les rendre plus libres.

mardi 12 juillet 2011

Les momies royales exposées au Caire: une aberration.



Malgré tous les soins apportés par les autorités égyptiennes avec l'aide des nouvelles technologies du XXème siècle (on se souvient du sauvetage de la dépouille de Ramsès II dont l'irradiation à Saclay fut organisée de main de maître par le regrettée Christiane Desroches-Noblecourt), la préservation des momies royales pose encore un épineux problème: celui de l'éthique. Bien qu'il ne semble pas faire partie des préoccupations du Service des antiquités, il devrait au moins interpeller le visiteur et, au delà, les êtres profondément humains que nous sommes.

Pour résumer, le "fonds" archéologique constitué par les momies royales exposées dans la même salle climatisée du Musée égyptien du Caire provient des découvertes faites à l'extrême fin du XIXème siècle par un archéologue, Victor Loret, qui mit au jour une excavation dans l'hypogée d'Amenhotep II dans laquelle, dès l'antiquité ramesside (l'époque des Ramsès, premier millénaire avant J.C.), on avait entreposé les dépouilles des souverains dont les tombes avaient été pillées. Cette découverte fut des plus importantes dans la mesure où elle a permis d'obtenir des restes tangibles de personnages dont l'Histoire avait conservé les noms et les hauts faits: Séthy Ier par exemple ou encore Ramsès II.

Après de nombreuses péripéties liées à leur transport puis à leur conservation dans le bâtiment qui constituait alors le premier musée égyptien des antiquités à Boulaq, près du Nil, toutes les momies de cette fameuse "cachette" traversèrent le siècle pour finir, enfin, par être présentées dans des conditions favorables à leur préservation. 
Durant toutes ces années, de nombreuses questions ont été soulevées quant à l'identification de certains corps dont on n'était pas assuré de l'identité. Les égyptologues se sont opposés par publications interposées sur le nom de tel ou tel, désaccords qui demeurent d'ailleurs encore aujourd'hui. C'est dire combien cette étonnante "collection" représente un grand intérêt pour la connaissance de l'histoire de la civilisation égyptienne de l'Antiquité.

Cependant, on devrait se souvenir de ce qu'écrivait Rabelais au XVIème siècle :"science sans conscience n'est que ruine de l'âme" et ne pas se contenter d'appréhender ces momies comme du simple "matériel archéologique". Pour tout égyptien de l'Antiquité, du roi au simple paysan, la préservation du corps était un préalable à la régénérescence de l'âme. Aussi était-il considéré comme un grand malheur le fait de mourir loin de la terre d'Egypte et de ne pouvoir y être inhumé. Il ne faut pas croire que le principe de la momification était acquis pour tous: ce procédé avait un coût élevé et de nombreuses familles se contentaient de placer le corps dans un "cartonnage" (bandes de lin ou de papyrus recouvertes de stuc moulant le cadavre) avant de l'enfouir, souvent à même le sable du désert.
Pour un habitant des rives du Nil de cette époque, il était inconcevable qu'un corps puisse un jour faire l'objet d'une exposition. A fortiori une dépouille royale préparée et parée pour l'éternité afin que le souverain, devenu Osiris, se régénère "pour la durée éternelle et la durée infinie".

Si montrer une momie encore conservée dans son cartonnage ou dans ses bandelettes, peut-être défendable parce que l'intimité du corps, les secrets de sa préservation sont maintenus, exhiber une dépouille à  la peau sèche et aux dents saillantes dans un cube de verre est une aberration ontologique.
Nous ne devons pas oublier, en outre, que presque tous ces corps déballés dans la salle des momies du Musée du Caire sont des cadavres de chefs d'Etat. Les pharaons sont aussi des souverains qui, à une époque précise, ont représenté un peuple, un pays. Exhibe-t-on ainsi nos anciens rois et empereurs européens? La Crypte des capucins où reposent le souverains autrichiens est remplie de monuments funéraires scellés, idem pour ce qui reste du tombeau des rois de France. L'archéologie et la connaissance historique perdraient-elles beaucoup si les momies royales largement photographiées, radiographiées et étudiées retrouvaient leurs sarcophages clos?

Je ne crois pas. Et je vais même plus loin. Il est tout à fait possible d'imaginer un lieu ouvert à la visite qui serait aménagé afin de recevoir ces corps dans un cadre correspondant aux rituels et pratiques funéraires de l'époque. Un endroit doté de chapelles dédiées à chacun des souverains identifiés et contenant, outre un cercueil scellé, quelques objets ou statues contemporains du règne. Ce lieu passerelle entre le passé et le présent pourrait être creusé et aménagé dans la Vallée des Rois, suffisamment éloigné du prestigieux site des tombes royales afin de ne pas nuire à sa préservation et suffisamment proche pour demeurer conforme aux rites passés et garder la fameuse Cîme de Celle-qui-aime-le-silence en vue. 

Qu'on n'accorde plus aucun crédit aujourd'hui aux croyances des anciens Egyptiens ne doit pas faire oublier que ces corps secs ont jadis abrité la vie, des pensées et des conceptions du monde visible et invisible spécifiques et dignes de respect. Les replacer dans ce lieu qu'ils n'auraient jamais dû quitter, c'est permettre à l'Histoire de se mettre en conformité avec les prescriptions de la maât, c'est à dire de l'harmonie et du juste ordre des choses.

jeudi 10 février 2011

A géométrie variable

Dans le cadre professionnel, il n'y a pas d'amis. Il n'y a, au mieux, que des alliés ponctuels, c'est à dire des collaborateurs qui à un moment donné vont avoir un intérêt à se rapprocher de tel ou tel individu. En cela, le monde du travail représente le tombeau de l'humanisme car les relations -toujours mouvantes- ne s'établissent que sur des calculs plus ou moins développés.

Cependant, l'Homme qui fonctionne sur le rythme binaire du "j'aime-j'aime pas", qui régit en fait toute sa vie, privée comme publique, le vit également dans le milieu de son travail. Si je me rapproche de telle ou telle personne, c'est parce que je la trouve sympathique, "gentille" en plus que de m'être professionnellement utile. Peut-être aussi me plaît-elle, me charme-t-elle inconsciemment. Je peux envier ses qualités, physiques ou intellectuelles, l'efficacité que je n'ai pas.

De la même manière se créent aussi les tensions et les inimitiés. La petite phrase assassine glissant d'un bureau vers un autre, ou coincée entre deux portes procède de ce fonctionnement.
Là où l'on atteint une forme de perversion, c'est lorsque le principe du "j'aime-j'aime pas" nous plonge dans la pusillanimité pour commencer puis dans la veulerie sous toutes ces formes.
Que pensera la direction de moi si je ne fais pas ceci, ou ne dis pas cela? Ne serais-je pas mal vu dans telle ou telle situation ou circonstance? On croit utile de penser pour l'autre, de devancer son hypothétique réflexion. Et ce qui anime là c'est bien la peur.

Dans la société occidentale moderne, minée par l'absence de reconnaissance de l'autre, par le respect sans cesse bafoué de l'individu, la philosophie de l'égoïsme érigée en système, le travail est si volatil qu'il pousse les individus à tout faire pour le conserver: se mettre en avant -se vendre-, écraser le voisin... On voit d'ailleurs de plus en plus de gens qui en arrivent à de fatales extrémités dans une indifférence profonde malgré les mine défaites de rigueur et les déclarations politiques. Le suicide au travail, c'est le problème des autres, cela n'arrive jamais chez nous. C'est bien connu.

La vie en entreprise est une jungle paradoxale encadrée par des lois sociales pourtant draconiennes que tout le monde ne songe qu'à contourner. La course au profit justifie tout parce que "c'est comme ça" et que cela semble gravé ad vitam aeternam dans la pierre. Dans ce monde d'une cruauté inouïe, rares sont les justes, les individus cohérents qui ne sont pas prêts à tout pour se fondre dans le moule que d'autres ont façonné pour eux. Plus on se pense libre dans l'univers du travail et plus on est conditionné par cette peur et par les égarements des autres.
Quand je manifeste mon mécontentement lors de grands mouvements sociaux, quand je bats le pavé avec mon syndicat, est-ce que je livre mon opinion profonde et personnelle ou bien suis-je déjà le jouet d'une volonté qui m'est extérieure et qui me tient aussi par la peur?

Il me semble urgent et fondamental de ne nourrir aucune illusion en ce qui concerne les relations humaines dans le cadre professionnel. Le modèle de l'entreprise moderne n'a pas encore atteint le point de cruauté extrême qui le fera remettre en question par le biais de drames terribles. Il faut encore attendre et observer en essayant de faire partie de ces justes dont je parlais plus haut, de ceux dont la probité n'est pas à géométrie variable.

mercredi 10 novembre 2010

Etudiants chinois en France: la grande illusion



Un récent article du Point faisant état d'un rapport-enquête commandé par le gouvernement  en 2009 et qui n'a pas été rendu public, pointe les aberrations de la politique menée actuellement pour faciliter aux étudiants chinois, toujours plus nombreux (environ 27000 en 2010) , l'accès aux études en France.
Pour "être de la partie" et m'occuper de la formation en langue française de cette catégorie d'étudiants plus spécifiquement, je souhaiterais, au travers de cette note, nuancer d'une part le propos de ce que j'ai pu entendre ce soir au journal télévisé de France 2 et, d'autre part, partager quelques considération pour confirmer les limites d'un choix qui se révèlera, tôt ou tard illusoire.

Tous les étudiants chinois qui arrivent en France pour y poursuivre des études n'y entrent pas par les mêmes filières. Il est, en effet, difficile de comparer celles qui sont proposées par les grandes écoles, ou les écoles universitaires avec celles des universités à proprement parler.

Le principal paramètre à prendre en compte est celui de la politique interne à telle ou telle faculté. Il n'existe en effet pas de cadre général -outre celui qui concerne tout résident étranger en France, en relation avec son titre de séjour- qui régisse en la matière l'ensemble des grandes écoles et universités du pays. Ces institutions conservent une large part d'autonomie et le développement de leur rayonnement à l'international, s'il peut-être vivement encouragé par l'Etat, est avant tout question de choix et de moyens. Ainsi, les services des "relations internationales" de chaque facultés travaillent-ils aux rapprochements et divers partenariats. Chacun a donc ses exigences en terme de recrutement d'étudiants étrangers.

Il existe toutefois quelques préalables, au premier rang desquels figure la possession d'un bon niveau de langue. Mais là encore, il y a des nuances qui peuvent être de taille. 
Pour être en mesure de suivre correctement un enseignement universitaire dispensé en langue française, un étudiant doit posséder des capacités spécifiques validées par un niveau commun à toutes les langues enseignées dans un cadre européen, le niveau dit "B2". Il se situe à mi-parcours entre les niveaux de base (A1 et A2) et les niveaux supérieurs (C1 et C2). Les capacités validées par cette évaluation permettent à l'étudiant d'avoir une certaine aisance dans le quotidien et de pouvoir appréhender un vocabulaire plus spécifique en rapport avec ses études.
Or, toutes les universités ne vérifient pas obligatoirement ce pré-requis au moment du recrutement des étudiants pour la simple raison que celui-ci à lieu en Chine où ils passent un examen (validé par les autorités françaises) au bout de quelques mois de formation intensive -le terme bachotage serait plus approprié- dont les résultats ne sont pas toujours transparents., pour le moins qu'on puisse dire. Par ailleurs, il revient souvent aux facultés hôtes d'assurer la montée en compétence et la mise au niveau B2 dès l'arrivée des étudiants et pour quelques mois, avant que ceux-ci n'intègrent leurs composantes. 
Seulement, il n'est pas rare que les jeunes Chinois débarquent en Europe très peu de temps avant la rentrée universitaire et doivent alors mener de front l'approfondissement du niveau de français avec les premières semaines d'études d'autant plus ardues.
L'organisation de cette formation spécifique en amont est négociée dans le cadre  des accords que passent les Relations internationales de chaque université avec son/ses partenaire(s) en Chine. Autant dire qu'il n'y a pas de "cahier des charges" généralisé et uniforme.
Autre paramètre, c'est celui de la concurrence des facultés et grandes écoles entre elles. Pouvoir montrer une internationalisation de ses enseignements, que ce soit auprès d'étudiants suivant les programmes d'échanges de type "Erasmus" (Europe) ou "Erasmus Mundus" (Monde) est prestigieux. Cela renforce une image de marque qui n'est pas un simple détail à une époque où la compétitivité se mesure jusque sur les bancs des écoles. Par ailleurs, remplir des filières désaffectées par les étudiants français par le biais de chinois peut être une solution pour ne pas avoir à réorganiser les enseignements, et donc les postes en rapport.

Il n'est donc pas étonnant que des dysfonctionnements aient pu être relevés ici et là par ce récent rapport. Toutefois, il me paraît un peu excessif de généraliser cette situation sans tenir compte des exigences de chaque école ou université hôte. Dire que de nombreux étudiants chinois se retrouvent en France presque par hasard et changent d'orientation à la demande ne correspond pas à la majorité des cas.
Je précise, de plus, qu'outre les partenariats précédemment évoqués qui font que tel ou tel étudiant ne quitte pas la Chine pour l'inconnu, il convient d'ajouter un argument majeur, l'aspect financier.

Il faut en effet savoir que bon nombre d'arrivants financent eux-mêmes, ou avec l'aide d'une des nombreuses formes de bourses accordés par l'Etat Chinois, le Parti ou encore telle ou telle organisation locale, leur installation et les cours de remise à niveau en français qu'ils doivent suivre, conformément aux accords signés entre universités. Bref, ces étudiants ne sont pas venus chez nous  uniquement parce qu'ils n'étaient pas "assez bons chez eux". Ils sont également motivés par la volonté de donner un supplément de valeur à leur curriculum vitae. D'ailleurs eux-mêmes le disent souvent puisqu'ils parlent de "chance" (comprenez "opportunité) de voir ce qui se fait ailleurs.

En revanche, là où le vrai problème se pose c'est en ce qui concerne la vision à long terme de ces partenariats (pour l'instant globalement à sens unique puisque). Nos élites politiques se plaisent à répéter -peut-être pour mieux s'en convaincre elles-mêmes- qu'il est capital pour notre pré carré de sensibiliser les futurs décideurs chinois à la culture française afin de "garantir nos intérêts économiques en Chine". C'est faire fausse route en prenant -et c'est plus grave- les gens pour des imbéciles.

Car même si les marchés se conquièrent en amont par ce biais-là, cela ne peut constituer qu'une infime partie de la stratégie générale à adopter. A quoi sert cet aspect "culturel" seul si nous continuons à être de si piètres négociateurs sur le terrain? On ne fait pas affaire avec la Chine à grands renfort de courbettes obséquieuses ni sans montrer une certaine capacité de résistance et de défense des valeurs traditionnelles qui font la réputation de notre pays. La France qui renonce aux Droits de l'Homme, à la liberté de parole et à la défense de l'opinion opprimée (le statut du Tibet, le cas du Prix Nobel de la Paix...), n'est pas un partenaire résistant donc fiable ou crédible.
Nos voisins allemands qui savent taper du poing sur la table avec plus ou moins de diplomatie remportent marchés sur marchés, eux, sans user ni abuser de l'ouverture de leurs facultés aux étudiants chinois.
Le Président de la République, sans doute bien renseigné par des gens issus de grandes écoles aux titres ronflants ignore tout ou presque des réalités de cette Chine en pleine mutation. Et moi-même qui ne la connais que par le biais de mes études et de mon métier, au contact depuis plusieurs années d'une certaine catégorie sociale de sa jeunesse, j'en sais bien davantage.

Nous faisons assurément fausse route en voulant à tout prix tirer notre épingle d'un jeu économique mondial avec une Chine qui n'a pas besoin de nous alors que nous devrions proposer des alternatives. Il me semble salutaire de cesser de penser que nous puissions encore, dans ce domaine comme dans d'autres, peser d'une quelconque influence au nom d'une grandeur qui appartient désormais au passé.
Les étudiants chinois qui débarquent en France par centaines chaque année n'ont généralement pas choisi telle ou telle université de notre territoire. Comme pour tout pour cette génération-là: on a choisi pour eux. Ils se sont inscrits sur des listes dans leurs facultés d'origines et le classement aux examens-qui règne en maître là-bas dès la maternelle- a fait le reste. Les meilleurs vont dans les écoles et universités prestigieuses britanniques voire américaines et les autres à Paris ou encore ailleurs en France où, contrairement à ce que  j'ai peu entendre, beaucoup ont d'excellents résultats, surtout dans les filières scientifiques, malgré le handicap de la langue mal maîtrisée.

Alors oui, les étudiants chinois qui viennent chez nous prennent cette option par défaut parce qu'ils ne sont pas assez brillants et se voient proposés moins de choix. Il suffit de le reconnaître en toute modestie et de se demander pourquoi notre système d'enseignement supérieur n'est pas assez attractif pour susciter l'intérêt, pourquoi nos cerveaux, nos chercheurs s'en vont. C'est du même ordre.
Quand on aura répondu en toute franchise et sans langue de bois à cette question-là, nous aurons gagné en crédibilité et en assurance.

jeudi 13 mai 2010

BTS 2010 Culture Gé: Synthèse, proposition de problématique

Ensemble de documents ne présentant pas de grandes difficultés en terme de compréhension. Je trouve d'ailleurs que le corpus, cette année, n'est pas vraiment à la hauteur du travail qui a pu être fourni durant les mois de formations depuis septembre dernier. Le dossier aurait mérité des extraits plus longs ou un texte supplémentaire, peut-être plus théorique, plus philosophique.
Paradoxalement, le sujet d'expression personnelle apparaît comme plus difficile que l'épreuve de synthèse par elle même (j'y reviendrai dans une prochaine note).

En ce qui concerne la synthèse, voici donc quelques pistes pour dégager une problématique et un plan.
Idées principales des documents:

Document 1
Thème: Art = pédagogie du beau et lien entre générations
-Oeuvre d'art = occasion de se faire une idée de la beauté, pour soi
-lien avec le passé, lien avec les personnes
-échange père/fils
Art = pédagogie de la vie.

Document 2
Thème: origine de l'opposition entre les générations
1er parag. : Génération = transmission d'un code culturel or
-les jeunes fondent leur propre culture, 
-ne veulent pas suivre expérience de la génération précédente
2ème p. : liste des raisons de cette opposition
1-décalage: les fils n'apprennent plus des pères. Pères différents de Pairs.
vieux = débranchés
jeunes = impatients
Différence de tempo.
2-volonté de faire son chemin et tout réinventer
3-doute des parents sur capacités à transmettre
4-opposition frontale: parents responsables de la situation difficile des enfants

Document 3
Thème: Culture = héritage, lien au travers du temps
1er p.: culture = mémoire de l'humanité
religion de l'Humanité = lien/ transmission, religion immortelle qui vit en l'Homme
Héritage différent d'esclavage: les morts enrichissent les vivants.
Inculture = pire que l'amnésie.
2ème p.: notion de capitaux symboliques provenant des héritages sociaux
Conflit d'héritages = Humanité contre Hérédité. L'hérédité (= société) bloque l'accès à la culture.

Document 4
Thème: fossé culturel et de valeurs
-Valeurs fondatrices anciennes oubliées/ignorées (armée, patrie, République...)
-Opposition société qui lutte (= anciens combattants, les vieux) et société qui consomme (= jeunes)
-11 novembre: combat et valeurs dépassés. Décalage entre les générations.

En confrontant ces documents, on observe une communauté de termes:
culture/héritage/partage/rejet/conflit/lien/transmission

On voit aussi se dégager quelques aspects communs :
-L'apport d'une génération à l'autre, un partage qui forme un tout en fin de compte,
-L'opposition et le rejet des générations les les récentes par rapport aux plus anciennes: valeurs différentes, oubli, incompréhension...
-La notion d'héritage, de patrimoine, assumé ou rejeté.

La problématique pourrait donc tourner autour de la notion de culture comme lien, héritage articulateur entre les âges. On pourrait donc se poser la question de savoir dans quelle mesure la culture constitue un lien fondateur et primordial entre les générations ou encore, en quoi peut-on dire qu'elle favorise la transmission, assumée ou rejetée, entre elles.

Et à cette question, on pourrait répondre en montrant tout d'abord qu'elle rend possible la transmission de valeurs et évite l'écueil de l'oubli (doc. 3 et 4)
ensuite qu'elle permet de relier l'Humanité à ses différents éléments ainsi qu'à son passé (doc. 1 et 3) 
et, enfin, qu'elle donne la possibilité de s'affranchir, de remettre en cause ces valeurs reçues et de fonder de nouveaux courants (doc.2 et 4).

H.P

lundi 10 mai 2010

La parole libre

René Magritte "Ceci n'est pas une pipe"
 
Il existe mille contraintes, petites ou grandes, dans le monde moderne des sociétés dites libérales qui, insidieusement, tendent à baillonner la parole.
L'auto-censure, les pressions, légères ou plus marquées, induites par le monde du travail ou celui des relations sociales pèsent de plus en plus sur les propos alors que, paradoxalement, la technique met aujourd'hui à disposition de tout un chacun pléthore de moyens pour faciliter la communication.

Pourtant, selon le vieil adage parlant des lois, "trop de communication tue la communication" et c'est lorsque l'on a l'illusion d'une liberté totale que le système devient le plus pervers.
A la télévision on nous donne à voir du "trash" afin que les masses aient l'impression qu'on peut tout montrer...Mais cela est faux. Le coeur des sujets qui fâchent est souvent esquivé. Parce qu'il y a la dictature du bon sentiment, du politiquement correct, la peur chevillée à la langue d'un propos jugé trop ceci ou pas assez cela.

Or je dis qu'il ne faut jamais renoncer à la liberté de parole et de pensée qui sont fondamentales pour que progressent les sociétés humaines. A fortiori dans des société ou elle semble aller de soi. Des gens se sont battus, ont souffert et sont morts pour cela... Cette liberté n'a pas besoin de diffamer, d'accuser, de trouver tel ou tel bouc émissaire pour s'exprimer. Le bon polémiste, le bon philosophe n'a pas besoin de stigmatiser tel ou tel individu ou parti politique pour livrer sa réflexion profonde et tenter de convaincre  son lectorat ou son auditoire par la parole qui vaut mieux que n'importe quelle coercition.

La parole dite doit être reçue correctement. Dès lors qu'on exerce ce droit fondamental reconnu par la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen -l'un des textes primordiaux de l'histoire de l'Humanité- on prend le risque qu'elle soit déformée, tirée de son contexte et utilisée comme une arme à des fins diverses. Le procédé est contestable, parfois même condamnable quand la manipulation est évidente. Mais on n'empêchera jamais des esprits chagrins, ceux qui lisent trop vite, écoutent d'une oreille distraite ou croient comprendre avec d'autant plus de certitude que la formation de leur esprit est restée fruste, sans capacité de recul, on ne les empêchera jamais de critiquer pour critiquer, voire de nuire en étant persuadés qu'ils restent dans leur bon droit.

On ne fait avancer les choses ou les réflexions, on ne lutte contre les injustices ni avec la violence, ni avec des faux-semblants. Si les choses vont si mal de part le monde dit développé c'est peut-être aussi parce que beaucoup de personnes ont renoncé à chercher la parole vraie, la parole juste. Renoncé à exprimer leur point de vue, leurs doutes et leurs révoltes aussi pour se réfugier dans le consensus mou et les sourires de façade qui ne grandissent ni ceux qui les esquissent, ni ceux qui les reçoivent.
Il est illusoire de penser que tout un chacun est capable de pareille réflexion. L'égalité n'est qu'un concept de Droit. Moi je sais que lorsque j'écris, c'est l'expression de cette parole libre qui m'anime pour devenir chaque jour humainement meilleur.

mardi 27 avril 2010

L'Egypte par Tardi...


...Et Luc Besson.
Elle est délicieuse cette Egypte-là. Complètement loufoque aussi. Tardi s'est plu à prendre à contrepied tous les lieux communs anachroniques attribués à l'antiquité pharaonique: la mort qui n'est finalement qu'un long sommeil desséché, les momies qui s'animent, le tombes pleines de pièges, les supposés grands savoirs médicaux et magiques doublés d'une technologie déjà...déroutante à la façon de cette étonnante "machine à momifier" qu'on croirait sortie d'un atelier de textile du Nord!
Et Adèle Blanc-Sec là-dedans virevolte. A la fois intrépide et très féminine. Il faut dire que Louise Bourgoin donne au personnage un côté glamour gouailleux efficace qui ne transparaît pas forcément dans les albums du dessinateur.
Il est toujours amusant, et révélateur d'une époque, de voir comment l'univers égyptien est traité au cinéma. On pourrait d'ailleurs y consacrer de nombreuses pages tant le sujet fait partie des références récurrentes. A chaque période toutefois, sa vision des mêmes grands thèmes. Ici, les momies ne font plus peur, elles sont policées, parlent avec beaucoup de classe -quand elles parlent- avec même un petit accent à la Karl Lagerfeld (faut-il y voir un parallèle?). Elles ont le geste sûr et un goût prononcé pour le tourisme. Si les tombes restent aussi improbables que celles visitées par un Indiana Jones, les paysages, eux, ont vraiment été tournés in situ, ce qui ne gâche rien à l'affaire...

Dans cet opus de Besson, l'Egypte est à la fois secondaire tout en crevant l'écran. Ramses II se retrouve au Musée, en plein coeur de Paris... Un entrefilet dans une brochure consacrée aux sorties cinéma faisait un parallèle entre Les aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec et La nuit au musée (film américain de Shawn Lévy, 2006), parallèle un peu trop hâtif pour être exact. Besson donne à la vision amusante de l'Egypte des romans d'aventure une réelle dimension humoristique et non pas grand-guignolesque et surchargée. On ne peut pas dire que ce soit crédible...mais quand-même!
Patmosis en costume 1910 et chapeau melon, il fallait oser.

H.Perdriaud

Wonderland


Il m'arrive de me demander parfois si je vis dans la même époque que mes contemporains tant j'ai l'impression, à certains moments, d'être en complet décalage. Dans ces périodes-là, je ne saurais quantifier mes années de retard. A moins que ce soit plutôt des années d'avance?
Ainsi, alors que la grande majorité des critiques que j'ai pu lire ou des amis que j'ai pu entendre ne cachaient pas, au mieux, leur déception au dernier Tim Burton, moi je me suis volontiers laissé entraîné dans l'esthétisme de la superposition des profondeurs de plans du Pays des Merveilles où la pâle Alice, blonde comme l'Ophélia de Rimbaud, joue à Jeanne d'Arc.

Alors, bien sur que la jeune fille paraît aussi mièvre qu'improbable, que les personnages rhabillés par informatique bousculent l'imagerie née du dessin animé de Disney, que les effets 3D sont "un peu légers"... Mais qu'importe? Il y a l'univers de Burton, ses végétaux aux tiges qui se recourbent comme des griffes, sa vision des personnages, loufoque, léchée et inquiétante qui télescope les délires d'un Lewis Caroll qui devait être également bien "frappé" à son époque. La parfaite diction posée du Chat du Cheshire ou la classe décadente de la Chenille bleue servies par une version originale so British sont un régal. L'air halluciné du Chapelier fou interprété par un Johnny Depp étonnant renforce une atmosphère qui n'est peut-être pas si enfantine que cela...

Alice in Wonderland aurait pourtant dû prendre un autre titre parce que celui-ci peut faire naître la confusion. En lieu et place d'une adaptation, il s'agit plutôt d'une suite, d'une variation -voire d'une digression-  mêlant allègrement des passages des Aventures d'Alice au Pays des Merveilles à sa "suite" littéraire De l'autre côté du miroir, mettant en parallèle la société aristocratique et policée britannique du milieu du XIXème siècle dans le monde-du-dessus, à celui, ravagé et absurde, du Pays des Merveilles.

Le recours à la 3D qui semble se généraliser dans le cinéma ces derniers mois pose le problème du toujours plus et crée une attente qui pourrait se révéler, à court terme, fréquemment déçue. En effet , le "label 3D "était jusqu'ici synonyme de grand spectacle avec frissons et stupeurs garantis. Objets surgissant de l'écran, personnages menaçants, armes plus vraies que nature... Burton montre toutefois que ce procédé ne peut aussi servir que l'aspect esthétique d'un film... et accessoirement son côté commercial. C'est un paramètre qu'il faudra désormais prendre en considération et il n'est pas dit que cette technologie colonise durablement les grands écrans si on en fait d'ores et déjà le tour.
Enfin, nous le verrons d'ici quelques années si le Lapin de Mars n'est pas venu  avant nous chercher pour prendre le thé.

H.Perdriaud

jeudi 22 avril 2010

Mammuth à voir



Sortir d'un abattoir porcin comme le numéro anonyme éjecté de la sphère métallique du loto et se retrouver face à soi-même dans un monde où tout est inadapté...
Etre projeté dans la retraite lorsque toute sa misérable existence n'a été rythmée que par le travail de somme et devoir encore prouver à l'Administration qu'on a bel et bien perdu, gâché, toutes ses années dans la machine à broyer des Trente Glorieuses aux lendemains qui déchantent...
Voilà la situation de Mammuth, le personnage principal du film éponyme. Un film inclassable, à la fois cru et tendre, rude et plein d'un humour terrible.
Sur sa Munch Mammuth 1973, une moto increvable et hors d'âge,  le héros, totalement anti-héroïque, incarné par un Depardieu version vieil éléphant aux longues mèches filasses blondes,  avale des kilomètres de bitume à la reconquête de son passé. Un passé administratif et humain à l'image des 2000 pièces du puzzle étalées sur la table de son salon.
Il y a du Groland et du Deschiens dans ce road movie à contre courant. L'image est brute, sans fioritures, comme si elle venait d'une antique bande en Super 8. Un regard désenchanté et désabusé posé sur des destins brisés par une société au bord de l'écroulement où les gens se détestent, où la précarité vole la misère. Une société dans laquelle seuls les psychotiques, les déphasés et les doux-dingues semblent pouvoir survivre.

H.Perdriaud

vendredi 9 avril 2010

Titans


Ouranos, le Ciel et Gaia, la Terre, au fil de leurs relations tumultueuses, donnèrent naissance à une génération nouvelle de créatures aussi improbables que monstrueuses, par la taille ou par l'apparence: les Titans.
Voici comment la mythologie grecque, en particulier celle rapportée par Hésiode dans la Théogonie présente les choses.
Au nombre de douze (six principes mâles et six femelles), ces Titans ont du très tôt faire face à la crainte d'Ouranos de perdre son pouvoir souverain de père et qui n'avait rien trouvé de mieux que de les enfouir profondément dans les secrets de Gaia, la Terre, pour les empêcher de lui faire de l'ombre. Ils finirent tout de même par se révolter et le chasser loin du Monde en gestation. Chronos, le Temps, avait pris la tête de la fronde en émasculant son père. De cette mutilation surgirent Aphrodite mais aussi les Géants ainsi que les Erynies, ces êtres ailés qui manipulent vengeance et remords.

Cette génération de Titans connaîtra aussi de nombreux tourments quand, à son tour, elle aura donné naissance à sa propre descendance. Il faut croire que la mythologie avait déjà saisi et intégré l'idée qu'une génération acquiert son identité et son indépendance dans la confrontation avec la précédente...

Mettre Persée au milieu de ces Titans est donc anachronique et ce, même si le temps mythologique ne connaît pas la notion de...temps.
Contrairement à son titre qui reprend celui d'un classique du début des années 1980 réalisé par Desmond Davis, le choc des Titans n'a finalement rien à voir avec l'épisode de la révolte contre Ouranos.

L'intrigue du film est élaborée autour de plusieurs aventures de la vie de Persée agglomérés les unes aux autres et ficelées au moyens de raccourcis souvent bien éloignés de ce que les textes antiques ont pu en transmettre. C'était déjà le cas en 1981, Leterrier dans la version de 2010 va encore plus loin.

Les scénaristes partent du postulat que l'humanité se révolte contre les dieux de l'Olympe accusés d'être tyranniques, rébellion doublée d'une lutte fratricide entre Zeus et son frère Hadès, furieux d'avoir été relégué aux Enfers, là où il ne peut recevoir "l'amour des hommes".
L'action se déroule principalement à Argos qui n'est plus le lieu de naissance de Persée (selon la légende) mais celui où le couronnement de ses actes héroïques doit avoir lieu (le destruction du "kraken" et le sauvetage d'Andromède) Or, ni Céphée, ni Cassiopée, ni leur fille Andromède n'ont un quelconque rapport avec cette ville, qu'ils sont supposés ici gouverner. Le mythe en fait les souverains d'Ethiopie... Et c'est bien cette lointaine contrée qui est ravagée par le monstre marin libéré par Poséidon -et non Hadès- sur demande de sa soeur Thétis à qui l'impudente Cassiopée avait manqué de respect.

On le voit, on risque de s'y perdre si on garde en tête le déroulement du mythe tel qu'il est présenté par les auteurs antiques gréco-latins. D'autant plus que les scénaristes pratiquent ici une sorte de cross over en intégrant à l'histoire des éléments d'autres cultures. Les Djiins par exemple, ces esprits malins hantant les récits de tradition arabe, beaucoup plus tardive. Il est aussi question de soldats Grecs ayant servi dans une "légion", corps d'armée qui fait référence à l'époque de la Rome impériale tandis que l'un des personnages, quasiment prophétique et qui appelle à la repentance a toute l'apparence d'un Saddû, un de ces ermites décharnés de l'Inde classique... 
Mieux vaut donc laisser ses références à la porte des salles obscures et entrer dans le film par la voie des effets spéciaux et, surtout, des larges plans montrant des paysages -réels ou numériquement composés- grandioses dans leur onirisme ou leur désolation. 

Et puis les vastes ailes du noir Pégase, le charmant visage des Grées qui se partagent un oeil unique ou celui de la Gorgone Méduse font leur effet. Il en va de même pour les armures des dieux de l'Olympe, très brillantes, visiblement inspirées par le manga japonais "Saint Seya". Ceux qui auront vu la version de 1981 trouveront deux clins d'oeil repris dans le film: la chouette mécanique "Bubo" et son sifflement si particulier, bien qu'elle ne fasse qu'un très courte apparition, et les figurines de terre cuites représentant les mortels à la façon de pions sur un échiquier que les dieux déplacent.

Une fois de plus, si l'on peut dire que la mythologie fait encore recette, on constate que cet opus et aussi le reflet de son temps. C'est d'ailleurs en cela qu'il est intéressant à analyser. On y trouve quelques considérations sur l'aveuglement des croyances et des superstitions, sur la recherche du juste équilibre entre humanité et divinité (une allégorie de l'Homme face à la Nature?), sur la révolte légitime initiée par un libérateur qui rend l'espoir. Les dieux eux-mêmes sont faillibles, dépendants de leurs sentiments et de ceux des hommes à leur égard (cette dernière idée est philosophiquement intéressante...). On voit aussi des humains qui s'unissent au delà de leurs différences pour s'affranchir... 
Finalement, tout ce que le monde moderne est incapable de faire.

mercredi 31 mars 2010

L'évangile dit "de Judas"


Il s'agit d'un texte écrit en copte -langue des anciens égyptiens transcrite avec un alphabet de type grec et devenue langue cultuelle des chrétiens d'Egypte- sur papyrus et découvert dans le désert égyptien dans les années 1970. Il devait être conservé dans un vase, une poterie.
Ce document est passé de mains en mains depuis trente ans avant d'être étudié aux USA et de révéler ce qu'on nomme un "évangile apocryphe". Un texte contant la vie du Christ en se basant sur des récits oraux de l'époque mais trop récent, toutefois, pour figurer dans la "sélection officielle" des textes réunis dans la Bible.

Ce document date du IIème-IIIème siècle de notre ère et seuls des écrits antérieurs ont été considérés comme authentiques par les Pères de l'Eglise. Suffisamment fiables (c'est à dire déjà politiquement corrects)
en tout cas pour constituer le Nouveau testament. Toutefois, il semble bien qu'Irénée de Lyon eut connaissance d'un document similaire dès de IIème siècle. Il se pourrait donc que ses origines soient plus anciennes.

Les chercheurs on commencé à s'émouvoir il y a quelques années car ils pensent que ce récit apporte un éclairage nouveau sur l'histoire -la légende?- de Judas.
Les évangiles racontent que Judas, de mêche avec les soldats romains (l'équivalent d'une maréchaussée travaillant pour le pouvoir romain et le Sanhédrin, l'autorité juive de l'époque à Jérusalem), les aurait conduits jusqu'au lieu où Jésus et les disciples se réunissaient.
Là, il aurait embrassé son maître afin que les soldats sachent qui "embarquer". Tout celà contre quelques pièces d'argent... Une petite fortune à l'époque.
Voici donc pourquoi Judas, le Treizième apôtre a toujours été honni et, à travers lui, la totalité de la communauté juive.
C'était pourtant vite oublier que Jésus est né, a vécu, est mort juif! Le christianisme est né après lui, à partir du moment où son enseignement a été popularisé.

Le papyrus en question monterait que, loin d'avoir trahi Jésus, Judas n'aurait fait qu'exécuter ses ordres. Ce qui expliquerait aussi qu'il se soit suicidé de dépit par la suite.
Cela paraît en effet un peu capilotracté (comprenez: tiré par les cheveux) comme hypothèse, mais elle est loin d'être sans intérêt.

En effet, selon la tradition, pour que le Christ réussisse sa mission (racheter le péché originel qui a plongé l'humanité dans le malheur) il fallait qu'il meure comme le plus simple des condamnés. Jésus, incarnation de Dieu, s'est fait homme pour vivre -et donc périr- comme un homme.
Or, pour que la prophétie se réalise, il fallait un motif aux autorités locales. Jésus parlait de "royaume", du "royaume de son père". Le Sanhédrin a conclu qu'il revendiquait le pouvoir (Jésus était bien d'ascendance royale puisqu lié au roi David par son père "terrestre", Joseph).
Le proconsul Romain de l'époque, Ponce Pilate, ne pouvant se permettre que des troubles agitent la remuante province de Judée décida que le Sanhédrin règlerait cette affaire en interne. Le pouvoir romain se contentant d'arrêter l'agitateur et de lui infliger sa peine.

S'il ne se cachait pas vraiment, Jésus était quand  même bien entouré, protégé par le peuple, et il voyageait beaucoup. Pour le capturer, il fallait que quelqu'un de son entourage direct facilite l'opération.
Si on part du principe que Jésus a bien un aspect divin, on peut dès lors imaginer qu'il savait bien à quoi s'en tenir sur sa destinée... Il fallait juste qu'il soit livré!
D'ailleurs, les évangiles disent bien, quand ils décrivent le dernier repas du Christ au milieu de ses apôtres (la fameuse Cène), qu' "il entra librement dans sa passion". Il savait donc ce qui allait se produire.

Cette théorie a d'ailleurs déjà été exposée et étudiée par divers théologiens durant ces dernières années.
On ne pourra jamais prouver ni réfuter cette hypothèse. Il manque toujours, en effet, LA preuve archéologique attestant de l'existence même de Jésus. Alors Judas...

On devine toutefois aisément l'inconfortable position de l'Eglise si ce récit était authentifié d'une manière ou d'une autre. Depuis 2000 ans, en effet, le dogme utilise la culpabilité présumée du personnage (qui a rejailli sur le peuple juif dans son ensemble) à des niveaux divers, moraux comme politiques...

"Tu surpasseras tous les autres, car tu sacrifieras l'homme qui me sert d'habit."

mardi 30 mars 2010

Quand les "humanités" ne comptent plus...


Les humanités autrefois désignaient l'ensemble des matières qu'on enseignait pour former l'esprit humain à la réflexion, aux savoirs théoriques. Elle préparaient et complétaient à la fois le terrain scientifique. Si bien qu'il n'était pas rare de rencontrer de grands savants également philosophes ou férus d'histoire.

Aujourd'hui on les nomme "Français","Philo", "Histoire-Géo" (avec ce rôle secondaire donné à la Géographie qui pourtant ne peut se concevoir sans l'Histoire) ou encore plus généralement "Culture générale", à la façon d'une somme des disciplines précedentes.
Mais voila, aujourd'hui, ces humanités-là ne comptent plus. Au delà du discours officiel des élites politiques ou intellectuelles, des débats où la langue de bois dispute à celle de bambou. Et quand on se retrouve devant son public, ses documents à la main et son désir de partager et d'éveiller en tête, on goûte à l'étrange sensation d'un long moment de solitude, à la façon du voyageur qui doit traverser un désert. Pas toujours hostile d'ailleurs, mais souvent déroutant.

Prof de français, prof de misère. Plus encore dans la filière professionnelle où notre langue ainsi que toute la culture humaine et générale qu'elle véhicule sont vécues comme un pensum. 
Par les apprenants d'abord. Qu'on les nomme élèves, étudiants ou stagiaires, ils sont souvent dégoûtés par un système qui les a maintenus dans une forme d'humiliation permanente en les laissant sur le bord du chemin (il n'y a pire que l'hypocrite discours égalitaire qui ne se traduit pas dans les faits. L'égalité n'existe pas, même dans la loi, hélas...). 
Par les employeurs et autres tuteurs ensuite. Parfois eux-mêmes issus de la catégorie précédente , ils ne voient pas l'intérêt de parler de philosophie ou de faire une dissertation pour des individus à qui on ne demandera finalement qu'une seule chose: être rentables, dynamiques et ambitieux. Des numéros qu'on ne jugera qu'à leur capacité de vendre, se vendre, générer du chiffre d'affaire, directement ou indirectement.
"Ici, il ne vous servira à rien de penser, mon garçon!" dit le contre-maître d'une usine Ford à Louis Ferdinand Céline dans son Voyage au bout de la nuit...

Par le système de formation enfin. Centres de formation, écoles ou lycées professionnels ne font qu'appliquer des obligations écrites par un lointain ministère, lui-même souvent coupé de la réalité du terrain, isolé dans sa propre mythologie. Il faut du Français? Eh bien mettons-en! Mais pas aux meilleures heures, pas dans les meilleures salles ou avec des groupes plus adaptés... Après tout, dans un cursus professionnel, c'est secondaire. Et même les meilleurs des gens finissent par le penser.

Secondaire, le mot est lâché. Et puis, si on a besoin d'un enseignant supplémentaire, on trouvera bien un vacataire pour combler une case vide - vacante justement, comme un siège dont personne ne voudrait-, un de ces crève-la-faim de la formation qui courent les rues pour n'avoir su ou pu devenir fonctionnaire. Un de ceux à qui on ne proposera jamais une situation de travail décente.

Pourtant dans le monde qui est aujourd'hui le notre, international, démesuré et hésitant, pouvoir transmettre des humanités est sans nul doute l'une des choses les plus importantes: une piqûre de rappel de civilisation. La logique des chiffres, de la rentabilité et du commerce passent. Les crises sont là pour y mettre fin. L'esprit, lui, demeure dans la parole et les silences, dans l'écriture, la lecture et les images.
Etre serviteur des humanités, c'est redonner du sens à une société en perdition qui ne sait même plus distinguer dans ses rangs les justes et les hommes de bonne volonté.
 Alors je m'en vais là retrouver les gens qui réfléchissent, la culture et la littérature des "vieux", toutes les choses "inutiles" que j'aime, précisément parce qu'elles sont inutiles. Je laisse le monde autour de moi se déliter dans la solitude, l'absence de communication, la violence et la crasse. 
Que chacun se batte pour défendre sa petite place, ses maigres privilèges, cette trompeuse impression d'être quelqu'un d'important. J'essaye moi, malgré l'absence des illusions, de devenir humainement meilleur.

mercredi 17 février 2010

ADN et Toutankhamon: pour y voir plus clair.

 Détail du masque funéraire de Toutankhamon. Photo H.Perdriaud, 1999, le Caire

Comme on pouvait s'y attendre, depuis vingt quatre heures, les médias se font le relai de LA révélation du moment savamment orchestrée depuis le Caire par l'inénarrable Docteur Hawass: la découverte de la filiation de Toutankhamon, le plus célèbre des pharaons.

On devrait d'ailleurs davantage parler de confirmation génétique que de découverte. Cela fait en effet plus d'une dizaine d'années que la présomption de paternité qui liait Akhénaton au jeune roi est fortement partagée dans la communauté scientifique. Marc Gabolde en particulier, pour la France, s'est largement penché sur cette question au moyen de l'étude systématique des éléments archéologiques disponibles. La regrettée Agnès Cabrol dans son Amenhotep III, avait également abordé le sujet et montrait qu'il existait bien un lien direct  de grand-père à petit-fils entre Amenhotep III, Amenhotep IV et Toutankhamon.

Désormais, il est question d'ADN, dispensateur universel de vérité dans l'esprit de beaucoup de gens. Et cet ADN royal a parlé, si on en croit les équipes du Dr Hawass. 

Pourtant à ce stade se pose la première limite de l'enquête. Si on a clairement identifié le corps retrouvé dans la tombe de Touthankhamon en 1922 comme étant celui du jeune roi dont les différents sarcophages n'avaient pas été visités par les pilleurs, on est parti du postulat qu'une autre momie d'homme plus âgé, retrouvée dans la tombe N° 55 de la Vallée des Rois (KV 55), constituait bien une dépouille de souverain que l'on a supposé être Akhénaton à la "lecture" de certains vestiges archéologiques trouvés sur le site, très endommagé par ailleurs.
Si l'ADN démontre bien une filiation entre Toutankhamon et cette momie-là, rien ne permet de l'attribuer de facto à Akhénaton. C'est ici plus affaire de déduction et de logique. Il fallait bien que le jeune roi ait un lien de sang pour pouvoir succéder au pharaon dit "hérétique" et ce, même si cette succession n'a certainement pas eu lieu directement (cf le déroutant cas Sémenkharê).
Mais imaginons que l'enquête scientifique ait pu, en effet, permettre d'identifier Akhénaton, le problème reste entier pour la mère de Toutankhamon. Parmi les momies étudiées, celle dite "de la jeune Dame" et qui est totalement anonyme présente des caractères génétiques communs au jeune roi mais aussi à son père... Ce qui signifie que cette femme était à la fois soeur d'Akhénaton (mêmes parents : Amenhotep III  et Tiy) et génitrice de Toutankhamon.
En soi, le procédé n'a rien d'exotique dans la société égyptienne de l'époque qui pratiquait différentes formes d'incestes dans le cadre royal, d'autant plus si on se réfère à la mythologie développée par Akhénaton insistant sur le rôle central du couple royal à la façon d'un "couple solaire". La seconde limite vient  donc du fait qu'il reste toujours impossible d'attribuer à cette momie de femme une identité précise.
Serait-ce la célèbre Néfertiti dont toute mention disparaît dans les dernières années du règne d'Akhénaton? Kiya, connue comme "épouse secondaire" du roi? Ou encore Maïa, désignée comme "nourrice" de Toutankhamon et dont la tombe a été découverte et étudiée à Saqqarah par l'équipe d'Alain Zivie?
Attribuer le corps à l'une de ces trois personne ne va pas de soi au regard des éléments fournis par l'archéologie. Des problèmes de concordances d'âge en particulier se posent.

 
Akhénaton, exposition Pharaon, Valenciennes, H.Perdriaud 2008

Troisième limite, et non des moindres, l'ADN en lui même. Pour rester simple, il faut préciser qu'il existe deux sortes d'ADN, le chromosomique et le mitochondrial (respectivement chr et ml ci-après)
L'ADN chr se dégrade très vite et il est très difficile de pouvoir l'étudier de manière complète sur une momie vieille de plus de 3500 ans. L'ADN ml, de son côté vient de l'ovule -il n'a donc aucun rapport avec le père-, il est très fluctuant d'une personne à l'autre, y compris dans un même groupe génétique. Il existe une centaine de variantes différentes de cet ADN et plus de 80 % sont enregistrées sur des populations africaines. Son étude, dans un cas comme celui d'une filiation, ne pourrait pas apporter de réponse fiable car sa transmission conserve une part d'aléatoire.
Ici, c'est bien l'ADN chr qui a servi de base aux investigations. Or, on l'a vu, sa viabilité sur la durée est tout à fait incertaine.

Enfin pour terminer, le procédé aussi scientifique soit-il pose tout de même un problème que j'avais déjà pu soulever: celui d'une certaine opacité autour du projet. On pourrait raisonnablement penser qu'une investigation de cette importance -scientifique et historique, s'entend, car le monde ne s'arrêtera pas de tourner pour autant- aurait eu grand bénéfice à mettre en relation plusieurs laboratoires ainsi que des équipes de scientifiques venus de divers horizons, y compris géographiques. Or ici les autorités égyptiennes se sont contentées d'une petite cuisine "en famille" avec le soutien d'un laboratoire financé par une chaîne de télévision. Dès lors et qu'on le veuille ou non ces investigations laisseront toujours un arrière goût de doute. Non seulement sur leur qualité -et ceci indépendamment des compétences des scientifiques égyptiens- mais encore sur leur motivation profonde.
Le goût de plus en plus prononcé de certaines autorités pour le coup d'éclat médiatique -même si celui-ci est globalement resté assez soft-et pour une certaine forme de chantage aux antiquités "volées" a de plus en plus de mal à masquer une gestion et une préservation du patrimoine aussi hasardeuses que peu efficaces.
Chercher à dénouer le fascinant écheveau des questions historiques pour ajouter aux connaissances de la civilisation humaine est une chose, servir des intérêts personnels, nationalistes -pour prouver Dieu seul sait quoi- ou économiques en est une autre.

H.Perdriaud


Noms égyptiens des souverains ici mentionnés:

-Amenhotep III : Neb-Maât-Rê Amenhotep Héqa-Iounou
-Amenhotep IV: Néfer-Khéperou-Rê Amenhotep Héqa-Iounou
puis  Néfer-Khépérou-Rê Akhénaton Wah-En-Rê
-Toutankhamon: Neb-Khépérou-Rê Toutankhamon Héqa-Iounou 

Références bibliographiques:

Gabolde (Marc) La postérité d'Aménophis III, Egyptes 1, 1993
D'Akhénaton à Toutankhamon, CIAHA, unversité Lumière 2, 1998, Lyon

Etudes citées dans:
Cabrol (Agnès) Amenhotep III le magnifique, le Rocher, 2000



samedi 2 janvier 2010

Là où il est question d'avatar



Avatar de James Cameron, le film de tous les superlatifs dans la presse depuis déjà quelques semaines, une révolution cinémato-technique annoncée comme un tournant notable dans l'histoire du Septième art...
J'avais envie de le voir. Plus par curiosité que par réel attrait pour le genre a fortiori quand il est traité par ce réalisateur en particulier. Ni Alien ni Terminator ne m'ont laissé de bons souvenirs.Trop "tripier" et gluant pour l'un et trop tac-tac-tac mitrailleur pour l'autre à mon goût. Les personnages bleus aux grand yeux si humains de l'affiche et de la bande-annonce savamment distillée sur les écran avaient toutefois piqué ma curiosité... Le hasard -celui là même qui fait si bien les choses- m'a donné la possibilité d'assister au spectacle plus tôt que je l'avais escompté dans une des salles d'un gigantesque complexe à la périphérie de Toulouse.

Car il s'agit bien d'un spectacle, et tous les superlatifs, les millions, les logiciels et les puissants ordinateurs reliés à des caméras futuristes s'effacent rapidement au fil des minutes. Tout cela devient très secondaire au point même de ne plus vraiment compter et de ne laisser subsister qu'une seule évidence: le film est tout simplement beau.
D'ailleurs, lorsque les six dernières lettres qui forment le mot "avatar" sont apparues à l'écran pour clôturer la séance, la salle a applaudi. Comme on le fait après un spectacle.

On a bien assez répété combien Cameron a du attendre avant de pouvoir finaliser son projet parce que les techniques disponibles ne lui permettaient pas encore de le matérialiser (bien que ce terme ne soit pas des plus appropriés pour un film aux trois-quart virtuel). Les premières critiques ont regretté un scénario somme toute très simple et sans grande surprise, l'histoire d'une rédemption par une conversion héroïque à une noble cause et la mise en valeur du phénomène de résistance face à l'oppresseur, à celui qui convoite. On a aussi pu noter la présence de personnages trop caricaturaux pour être vraiment crédibles: le "colonel" en machine de guerre paranoïaque et décérébrée ainsi qu'un directeur de firme minière aveuglé par sa cupidité cynique.
Soit. Je pense qu'on ne peut pas demander à ce genre de cinéma d'être ni tout à fait crédible ni construit comme un thriller policier ou un scénario à la Hitchcock. Ce ne sont pas ces aspects-là qui ont retenu mon attention mais des éléments plus intéressants, plus profonds et peut-être davantage chargés de sens.

La relation fusionnelle qui lie les Na'vis à la nature, par exemple, fait écho à l'un des grands questionnements de notre temps que l'on perçoit comme une époque de transition. Il va falloir entièrement repenser notre propre relation à la planète. On sent bien que le seul principe de domination exercé par l'Homme sur la nature ne l'a pas fait progresser depuis deux siècles au delà de l'explosion de ses connaissances scientifiques et techniques. Pire, elle a contribué à éloigner notre humanité de la voie de sa réalisation, objectif de toute civilisation. Le film propose une vision idéalisée de ce rapport à la nature où les êtres sont connectés les uns avec les autres et en interaction permanente, où le respect reste présent, même dans l'incontournable loi de la prédation. Ceci n'est pas sans rappeler les traditions primitives ou chamaniques du culte de la déesse mère primordiale. Cameron n'a rien inventé, il a simplement montré que cette relation-là à l'environnement, ce partenariat demeurait possible.

Les géants à la peau bleue dont les costumes ont de lointaines réminiscences Massaï montrent toute leur détresse face à leur monde saccagé, le grand arbre-maison reliant la Terre au Ciel, détruit.Le réalisme des expressions est si criant qu'il renvoie à nos propres désillusions, celles des humains privés de terres qui voient leurs villes et leur villages ravagés par les fléaux et les guerres. Les personnages nous renvoient à notre propre désespérance aussi, quand nos lieux de mémoire où de rituels ne sont plus respectés, quand de nouvelles réalités ont si profondément chamboulé nos certitudes...
Dans ces moments poignants du film comme dans ceux qui s'articulent autour de l'action spectaculaire de batailles dantesques, il est difficile de ne penser qu'aux seules prouesses techniques. Car elles ne sont, finalement, qu'au service d'une oeuvre et non l'inverse. S'y cantonner reviendrait à passer à côté de ce qui est plus important.

Ce film connaîtra peut-être un retentissant succès, ou peut-être pas. On parlera peut-être aussi de millions engrangés, de recettes mirobolantes. La réalité palpable, sonnante et trébuchante avec ses jeux vidéos et ses produits dérivés, reviendra en force. C'est ainsi, la part de rêverie et de réflexion finit toujours par se diluer dans les remous d'un blockbuster.

dimanche 6 décembre 2009

Identité nationale: un dessert empoisonné

Et qui n'a même pas le goût chimique d'une douce saveur... Juste un mauvais dessert réchauffé par les micro-ondes d'un jacobinisme nationaliste aussi désordonné que dangereux.

La question de l'identité nationale qui agite le gouvernement depuis déjà plusieurs mois, depuis qu'il a trouvé son messager dans un transfuge brûlant allègrement ce qu'il avait adoré jadis, fait partie de ces gesticulations vaines relayées par des médias pris à leur propre piège.

Il faut croire que notre vieux pays hexagonal n'a pas assez payé de ses égarement patriotiques depuis l'ère de la Révolution. Il faut croire que deux conflits mondiaux, que les trahisons, les petits arrangements et les grandes collaborations honteuses, n'ont pas suffi. On agite de nouveau le chiffon bleu-blanc-rouge devant les yeux des masses.
Ah, mais c'est pour une noble cause! Clame-t-on. Comment savoir où l'on va si on ignore d'où on vient et comment on est parvenus jusqu'ici?
C'est juste l'arbre qui cache la forêt. Une forêt dont on ignore les dangers cachés. Dans un même grand sac on mélange des tas de mots en espérant benoîtement qu'une sorte de recette magique en sortira.
On parle de République, de laïcité, de Marseillaise, de baguette, de béret, d'équipe de football et de tajine aussi... Un fascinant salmigondis parfaitement indigeste. Une petite dose de pseudo démocratie participative par dessus, et abracadabra, une solution pour "cimenter la cohésion de la Nation".

Et si ce qui nous distinguait le mieux des autres pays du monde n'était finalement pas notre capacité à nous couvrir de ridicule? A manquer les trains des nécessaires changements qui finissent par grandir les Etats et les Hommes?
On en est encore à discourir sur notre nature franco-française alors que c'est l'identité européenne qu'il faudrait bâtir, alors que c'est la conscience écologique, humaniste et patrimoniale universelle qu'il conviendrait de développer.

Il est encore des vieux caciques pour qui la monstrueuse Marseillaise est plus sacrée que l'étaient autrefois les reliques des saints. Il est de plus en plus des jeunes déracinés qui oublient que s'ils peuvent dire "nique la France" dans leur musique au hachoir, c'est justement parce que des hommes et des femmes ont sur voir plus loin que des couleurs ou des symboles étriqués pour nous permettre d'accéder à l'enseignement, à la connaissance, à la conscience politique.
Comme le chantait si justement Nougaro dans l'alexandrin:

"Moi, ma langue, c'est ma vraie patrie
Et ma langue, c'est la française
Quand on dit qu'elle manque de batterie
C'est des mensonges, des foutaises"

Et n'oublions pas que la Patrie et la Nation, avec des majuscules, ne sont jamais que des synonymes déguisés du mot guerre.

vendredi 4 décembre 2009

Formation des adultes: des écueils relationnels.

L'une des difficultés que peut rencontrer un enseignant face à des adultes en formation ou en requalification vient du fait que ces derniers, souvent très demandeurs, très assidus, peuvent parfois oublier qu'ils font partie d'un groupe d'apprenants dans lequel chacun des individus a des attentes spécifiques.
Cette difficulté se trouve renforcée dès lors que ces personnes doivent cohabiter avec des stagiaires, des étudiants, plus jeunes, aux motivations souvent moins claires et moins ancrées.

Tout l'art consiste alors à trouver le juste équilibre afin que tous puissent tirer leur épingle du jeu. Au delà du programme même de la formation, c'est la gestion des relations humaines au sein de ce microcosme- finalement souvent issu d'un pur hasard administratif- qui peut-être à l'origine de tensions.

Il reste très difficile de faire comprendre aux apprenants adultes que le formateur n'a pas l'aptitude à mener le groupe à la baguette comme le ferait un chef d'orchestre. En effet, celui-ci  ne peut perdre un temps précieux à "faire la police" au détriment du contenu de ses interventions. D'autre part, il considère à juste titre comme acquis le degré de motivation minimum requis de chaque individu assis face à lui. De plus, son rôle n'est pas de se substituer aux parents, éducateurs, ou aux relais de la sociétés chargés d'inculquer à tous les règles de savoir vivre et de respect nécessaires aux relations humaines.

La tentation est grande pour un apprenant qui se sent peu à l'aise dans un groupe aux âges mixtes d'aller chercher des explications de son ressenti ailleurs qu'en lui même, dans ses propres limites ou ses doutes. Le formateur subit alors une sorte de transfert et devient le responsable.
S'il y a du bruit durant ses interventions, c'est parce qu'il ne sait pas se faire respecter. Si les stagiaires ont des paroles vives ou déplacées, c'est qu'il ne possède pas assez de cette autorité quasi naturelle -et mythique- propre aux bons enseignants...

Ce type de reproches peut-être amplifié par la psychologie du moment de celui qui les formule. Le stress d'une période d'examens, une réinsertion difficile, un virage de carrière à négocier sont tout autant d'éléments qui font que l'apprenant peut passer de l'estime au mépris vis à vis de son enseignant dans une période somme toute assez rapide.

Voila pourquoi il me semble nécessaire de maintenir une distance marquée entre l'un et l'autre, distance qui ne nuit en rien à la qualité des échanges dans la formation, et clairement montrer quand cela est nécessaire son désaccord avec des réactions déplacées. Ce n'est pas parce qu'un apprenant en formation ou requalification est a priori un profil sérieux et qu'il finance lui-même tout ou partie de son programme, qu'il peut se permettre tout propos ou agissement.
Le formateur a été sollicité pour apporter ses compétences et son savoir et que chacun puisse y puiser ce dont il a besoin, il ne sert pas la soupe au client. Avoir choisi de suivre un parcours de formation suppose le préalable d'accepter que l'enseignant en face de soi ait quelque chose de plus à apporter, qu'il ait des compétences supérieures à celles qu'on possède déjà dans tel ou tel domaine. L'enseignant n'est pas en scène pour être l'ami de tel ou tel étudiant, ni pour "bien aimer" celui-ci ou celle-là.

Publication


Psammétique Ier

Le règne du Pharaon Psammétique Ier Ouah-Ir-Rê est assez peu documenté d'un point de vue iconographique et statuaire. Le site ThotWeb vient de publier une étude que j'ai écrite il y a plus de dix ans, portant précisément sur un important fragment d'une représentation inédite de ce souverain.
Elle est disponible ICI.

samedi 14 novembre 2009

"2012, We were Warned"


 
 
On sait très bien que ça n'est pas dans un film catastrophe qu'il faut aller chercher le scénario parfaitement ficelé qui sort de l'ordinaire. Ceux d'Emerich en particulier ne font pas exception à cette observation. "Independance Day" était d'une platitude extrême, tandis que "The Day after Tomorrow" se montrait à peine plus développé avec, toutefois, un frémissement critique sur l'attitude condescendante des pays du Nord vis à vis de ceux du Sud, pas assez exploité d'ailleurs ce frémissement critique, resté à l'état d'ébauche.
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Il faut croire que les choses évoluent dans le bon sens puisque "2012" représente, à mon avis, une autre étape dans la lente maturation de ce qui sera, peut-être un jour, un genre de film plus équilibré entre la qualité de l'histoire et la juste dose d'effets spéciaux judicieux.
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"2012" est un film long -plus de 2h30-, trop d'ailleurs dans le sens où le côté suspense dans l'action est par trop exploité. On demeure en cela complètement dans le modèle du film hollywoodien à gros budget dans lequel le héros -évidemment sentimentalement enferré dans une existence complexe- passe d'une situation épineuse à une autre au point qu'on finit par s'embrouiller sur sa nature (est-il humain ou...super-héros?). L'aspect cataclysmique vient renforcer cette action permanente. Et, selon la recette éprouvée, il a le côté jubilatoire des destructions massives qu'on n'oserait imaginer, même dans nos rêves les plus fous. Des bâtiments qui éclatent, la croûte terrestre qui craque comme une croûte de pain, du feu, de l'eau...Beaucoup d'eau.
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Les effets spéciaux sont ici encore plus spéciaux et on à l'impression d'une débauche technique et d'une autre forme de jubilation. Il faudrait être revenu de tout pour ne pas s'en délecter. Ca dévale, ça explose, ça...tectonique et les êtres humains sont réduits à l'état de pauvres choses qui s'agitent et sont décimés, engloutis à la façon de fourmis dans des galeries inondées.
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Bien entendu, le film est truffé de purs délires plus ou moins étayés par la science (qui peut dire tout et son contraire), d'histoire de neutrinos qui arrivent trop vite et en trop grande quantité, de volcans qui deviennent encore plus volcaniques et de tsunamis dont les vagues sautent allègrement au dessus des plus hauts sommets du monde... Il y a des tas d'invraisemblances certes, mais peu importe: on s'y croirait!
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La fameuse théorie de la fin du monde par le glissement des pôles et tutti quanti, n'est ici qu'un prétexte. Prétexte pour tout casser grâce à la palette graphique et faire une sorte de gigantesque nettoyage de printemps. Prétexte surtout pour illustrer l'un des plus vieux mythes fondateurs de l'humanité: celui de l'arche de Noé (ou de l'épopée de Gilgamesh).
La reprise de cette idée sauve d'ailleurs le film d'une fin à la "Jour d'après", bâclée et bancale (merci aux gentils Mexicains de nous avoir accueillis et hop! On annule la dette!) et elle donne l'occasion de poser quelques questions fondamentales. Elles aussi contribuent à rehausser le niveau de base de scénario.
Voila pourquoi j'écrivais plus haut qu'il y a bon espoir pour que les films du genre deviennent un jour des oeuvres plus...profondes.
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Ici on se demande clairement ce qui fait la valeur d'un homme par rapport à un autre: sa richesse financière? Sa capacité d'abnégation? Son savoir? Sa sagesse?... Dans une situation d'urgence extrême; de survie d'une espèce entière, la notre, quelles "valeurs" serviraient de filtres pour sélectionner ceux autorisés à vivre? Que représente l'individu dans une masse animée par la peur? Que reste-t-il enfin des grands idéaux quand les gouvernements n'existent plus, quand les cadres mêmes de la civilisation humaine ont volé en éclat? Autre chose encore: peut-on tout dire au monde entier? Dans quelle mesure le secret n'est-il pas garant d'une certaine forme d'efficacité face à la panique, à l'irrationnel?
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Toutes ces interrogations hautement philosophiques sont abordées dans le film. Peut-être pas de la meilleure manière qu'il soit, avec la clarté qu'il faudrait, certes. Mais, à qui ouvre un peu ses yeux et ses oreilles, à qui va au delà du choc des montages techniques, ce sont des fondamentaux qui doivent trouver un écho et permettre également de conserver cette nécessaire dose de rationalité à opposer aux millénaristes de tous bords et autres excités de la repentance , "avant qu'il ne soit trop tard"...